Bavella, paradis de l'escalade...

Grandes voies ou escalade sportive, équipé ou en terrain d’av, Bavella est le Paradis de tous les grimpeurs quels que soient leur niveau et leur style de prédilection.
Bavella, Paradis de l’escalade, rien que ça !

Bavella, des aiguilles et des ravins. (photo P. Tournaire)

Au premier regard, Bavella est un immense enchevêtrement magnifique et désordonné d’aiguilles et de ravins. Puis la Tafunata di Paliri et la Punta di l’Acellu s’imposent logiquement.
Plus discrets, des faces, des piliers, des sommets sortent petit à petit de l’anonymat et séduisent notre âme de grimpeur : la pureté des lignes de Petra Sulana, le miroir du Specchju ou la dentelle anarchique de Punta Rossa.
Et puis plus bas, massif dans le massif, les Teghje Lisce attirantes et intimidantes avec leurs lignes trop pures pour être faciles.
Chaque Punta, chaque ravin a sa personnalité et ensemble, ils donnent au massif cette âme singulière qui fait qu’on revient toujours grimper à Bavella.

Les deux topos pour grimper à Bavella

Falaises de Corse :

Toutes les falaises sportives de l’île. Plus de 2700 voies réparties sur 87 sites pour grimper en toutes saisons

Bavella – Corsica. Escalade choisies : 

Une très large sélection de grandes voies dans le massif. Du pur TA au tout équipé et dans tous les niveau. Inclus: le site sportif du Col de Bavella.

CÔTÉ GRANDES VOIES

Un peu à l’écart et bien protégés par le maquis, les bruits du monde arrivent atténués, et les grosses vagues d’exagération qui frappent certaines falaises du continent ne sont plus qu’une petite houle en arrivant ici. Juste ce qu’il faut pour créer la diversité et éviter l’hégémonie. Régulièrement mais sans se presser, Bavella s’enrichit de nouvelles voies, et ce rythme apaisé permet aujourd’hui encore au grimpeur modeste de rêver d’ouverture.

Le massif de Bavella est situé à l’extrémité méridionale de la grande dorsale qui traverse la Corse de part en part. Les voies s’étagent entre 400m d’altitude (Castellucciu d’Ornucciu) et 1800m dans les Aiguilles à proprement parlé.
Avec une telle amplitude et en jouant avec les orientations, c’est toujours la bonne période pour grimper à Bavella… même si les fortes chaleurs de l’été obligent à un minimum de cogitation et de planification.

Outre la difficulté et la tolérance à la chaleur (paramètres propres à chaque grimpeur), les autres critères sont : le style d’équipement, le style d’escalade, la longueur de la voie et de la marche d’approche.

C. Ascensao dans "Le temps des innocents". 100% trad
J.M. Ricciardi, 1e de l'arête de l’Ecureuil (1975). Photo Barney Vaucher

Les styles d’équipement

Pour comprendre l’évolution de l’équipement à Bavella, un petit détour historique est indispensable.

Pour une histoire bien plus détaillée, voir ici: Histoire de l’escalade à Bavella

Les voies « historiques »

Evidemment, les voies ‘’anciennes’’ ont été ouvertes sur coinceurs avec l’aide de quelques pitons et parfois d’un piton à expansion placé au tamponnoir. Ces itinéraires en Terrains d’Aventure (TA) selon la nomenclature actuelle le sont restés. Certains sont tombés dans l’oubli, d’autres sont devenus des classiques (Arêtes de Zonza et de Quenza, Masino, Pilier Sud de Petra Sulana…), d’autres ont connues leur heure de gloire et attendent de faire leur comeback (Arete Ouest de la Samulaghja, Voie Vic-Carpentier …). Et puis il y a les ‘’aventures’’, des itinéraires longs, parfois très long et surtout très loin, au fin fond du Pulischellu. Ils sont pour la plupart l’œuvre de la ‘’première bande des Marseillais’’. Pour préserver leur caractère ’’aventureux’’ justement et préserver le haut ravin du Pulischellu, ces voies ne sont pas répertoriées dans le topo Bavella Corsica. Il faut chercher, gratter, creuser pour trouver les infos… et après il faut marcher, suer, se paumer et peut-être grimper… le bonheur !

L’ère moderne

Et puis est arrivé le perfo à accu que les équipeurs du coin ont aimé un peu, puis beaucoup, puis passionnément, puis à la folie et enfin plus du tout. J’exagère un peu mais c’est bien ainsi que les choses se sont passées. Dans les années 90 et 2000, les voies équipées fleurissent et l’escalade en dalle à adhérence devient une spécialité locale. Les spits très espacés des premiers itinéraires (Dos d’Elephant version 85) se rapprochent un peu avec l’amélioration des performances des batteries. Le Dos (version ré-ré-équipée), Jeef, Aguirre, Acqua in bocca, La Célébration du lézard et bien d’autres voies clés en main deviennent des stars.
Le processus semble inarrêtable et sans limites.

Retour aux sources?

Pourtant, à partir du milieu des années 2000, quelques ouvreurs, locaux pour la plupart, reviennent aux fondamentaux, rangent la machine infernale et ouvrent de nouvelles voies en pur TA. Depuis, les choses se sont apaisées et l’âge de raison semble être atteint. Chaque année, de nouveaux itinéraires voient le jour, principalement en TA mais souvent avec quelques spits aux endroits opportuns.

Ce bref rappel historique pour conclure que, quel que soit le style d’équipement que vous cherchez, vous le trouverez. Sachez cependant que: voie entièrement équipée ne veut pas dire aseptisée. Il faut accepter un certain engagement entre les points, surtout dans les itinéraires en dalle.

Un doute sur vos compétences?

Si vous doutez de vos compétences, que votre expérience en grandes voies est limité: Allez-y en douceur!
Commencez par faire un tour dans les belles voies équipées de la Punta d’Arghjavara (Altore, Torre di l’alba et Conquistador) ou de la Punta Macao.

Le Dos de l'éléphant (L7).
Nathan Fauvergue, L1 de Tafonite aïgue. Photo X. Fauvergue

Les styles d’escalade

Les tafoni et la dalle à adhérence sont les deux spécialités historiques du massif de Bavella. Mais depuis quelques années, les fissures de toutes tailles ont été défrichées et les gants de fissure font souvent partie du matériel indispensable.

L’escalade en tafoni

Tafonu (tafoni au pluriel) : Trou dans le rocher créer par un phénomène d’humidification /déssication amplifié par le sel apporté par le vent marin. De la cavité pour famille nombreuse à la dentelle la plus improbable, les tafoni peuvent être de toute taille, souvent imbriqués les uns dans les autres en nid d’abeille.

L’escalade en tafoni est sans doute la plus jouissive mais aussi la plus stressante. Il est indispensable de s’en approcher progressivement et avec l’expérience, de savoir faire la différence entre le bon tafonu et le mauvais tafonu, celui qu’on admire tout en prenant bien soin de ne pas le solliciter. Dans ce type d’escalade parfois déversante, on se protège sur sangle autour de lunules. Leur solidité n’est pas toujours évidente et parfois elles sont très tranchantes. Privilégiez les anneaux de corde ou les sangles épaisses.

Pour une première approche de l’escalade en tafoni, allez faire un tour au site sportif du Col de Bavella, aux secteurs Oriu gauche ou Campanella. Les voies Tafonite Aigüe ou Luce turchina au Pilastru di l’alba sont des must !

L’escalade en dalle

C’est ce type d’escalade qui caractérise Bavella depuis des décennies. Son essor est dù à l’avènement du perfo à accus qui a permis de s’affranchir des fissures pour la protection.
Le granite de Bavella a une adhérence excellente mais lorsque ça se redresse vraiment et qu’il n’y a plus rien sous les doigts pour tirer, le coté aléatoire de ce style d’escalade s’exprime pleinement. Sensations exacerbées par un équipement souvent espacé. L’engagement devient alors un paramètre important du niveau de difficulté réel d’une voie.
A Bavella, les bien nommées Teghie Lisce (Les dalles lisses) sont le temple de ce style d’escalade.
Pour s’essayer aux joies de la précarité en grimpant l’échelle des difficulté (liste non exhaustive bien sûr):
Les voies d’Arghjavara et de la Crête des terrasses, Alexandra, Canistrelli, Petra Tonda, Le Dos de l’éléphant, La Célébration du lézard, Storia d’acqua è di luna, Octogénèse.

Julien Senzier sur les dalles de Catarina
R. Larcher dans De Rerum Natura. Photo: M. Oviglia

L’escalade en fissure

La technique de verrou, indispensable pour l’escalade en fissure de taille « normale » étant à peu près inconnue à Bavella jusqu’à un passé récent, ce style d’escalade ne s’est pas vraiment développé malgré les lignes évidentes qui zébraient le granite de Bavella*. Seules les Dülfer usantes, les cheminées et les refougnes plus ou moins banzai ont été visitées ; la plus célèbre étant celle de la 4ième longueur de la Porte des cieux aujourd’hui partiellement spitée.

Les première voies vraiment typées fissure ont été ouverte à la Lunarda par JT Casanova dans les années 90 en équipement mixte. Depuis une vingtaine d’année, le regard a changé, quelques grimpeurs ont appris l’art du verrou et ont chassé les spliters. Ils ont ouvert plusieurs voies très typées fissure, souvent vierges de spit. Le niveau de ces itinéraires est généralement assez élevé, en tous cas rien de très facile.
Si vous êtes un amateur, vous trouverez à Bavella tout type de fissure : de la plus franche à la plus fuyante (où le verrou et la pose des protections deviennent un art) et de la plus fine à la renfougne épuisante.

* Depuis, on découvre progressivement les ouvertures de Precht dont certaines semblent être des modèles du genre.

Quelques musts du massif :
La Masino, Mal’Cunciliu, les voies des Deux Sœurs (au vallon du même nom), Crack’age, Nirvana, Les Ans volés, Abbastanza, Parfum de violence, La Nécessité du voyage, De Rerum Natura, Sintomi Strani,  

CÔTÉ FALAISES

Face aux centaines de grandes voies, l’escalade sportive a longtemps été le parent pauvre, surtout dans le haut niveau.
Le site du Col avec sa quinzaine de secteurs d’orientations diverses comble depuis des décennies le grimpeur de 5ième et 6ième degré mais manque cruellement de voies difficiles.
Mais depuis une quinzaine d’années, dans le massif de Bavella même ou dans son voisinage, de nombreuses falaises ont vu le jour dont plusieurs de haut niveau.

Embarquez pour un tour d’horizon des falaises sportives de Bavella et ses environs, classées par niveau.
Entre parenthèse, vous trouverez la fourchette des difficulté prédominantes.
Plus d’info en cliquant sur le nom du site via la webapp OmegaRoc.

Malaspina ( 3a – 6a).
Principal équipeur
: Adrien Boulon
Ce site comprend une vraie falaise d’initiation avec de nombreuses voies dans le 3 et le 4. L’équipement y est généreux et l’escalade très plaisante.  A l’ombre le matin.
On y trouve aussi quelques grandes voies faciles et entièrement équipées, toujours pour l’initiation, et un secteur à l’ombre toute la journée (Jerba) dans des cotations un peu plus dures.
L’autre attrait du site pour compléter la journée:  la rivière toute proche avant de rejoindre la buvette du camping du Ponte Grossu pour boire un coup ou manger un morceau.

Le Col de Bavella (4c – 7a)
Principaux équipeurs:
Nombreux dont Jean-Paul Quilici. Entièrement rééquipé par Carlos Ascensao
Avec 200 couennes réparties sur près de 15 secteurs, le site d’escalade sportive du Col de Bavella est un passage incontournable pour les grimpeurs du 4b au 7a. Le cadre est magnifique et le rocher superbe et varié représente bien l’escalade dans le massif, alternant entre tafoni spectaculaires et murs ou dalles techniques. Les multiples orientations permettent de grimper toute la journée et quasiment toute l’année. Un endroit exceptionnel. En été, le bruit des voitures est le seul désagrément rencontré.
Ce site est très exposé au vent.

Carlos Ascensao au Col de Bavella
Enzo Oddo dans La Baraka. Photo Marco Zanone

A Vacca (5b – 6b)
Principal équipeur: Carlos Ascensao
Sur un beau granite adhérent mais aussi très abrasif, Carlos Ascensao a équipé une quinzaine de voies non élitistes et de qualité. L’exposition Sud la rend malheureusement peu fréquentable en été.

Ciuffatu (6a – 6b)
Principaux équipeurs:
Guy Tomasini et Adrien Boulon
Une poignée de belles voies en bord (ou presque) de rivière. Malheureusement le rocher est très sableux sur les 10 premiers mètres.

Ponte Grossu (6a+ – 7c)
Principaux équipeurs:
Nicolas Nastorg et Adrien Boulon
Cette falaise à 1 minute de la voiture propose une escalade variée, souvent technique. Quelques fissures permettent de s’essayer aux coincements.
L’été, la rivière toute proche permet de se rafraichir aux heures les plus chaudes, et la buvette du camping vous accueille pour le rafraichissement final.

La Sentinelle de la Vacca (6c – 7b)
Principal équipeur
: Adrien Boulon
45 minutes de marche pour huit très belles voies dans un cadre magnifique.
L’escalade est soit en mur technique, soit en dévers, très physique et conti.

Punta Chjapponu (6b – 8a)
Principaux équipeurs:
Guy Tomasini et jeff Andreucci
Punta Chjapponu est une des falaises d’avenir de Bavella mais qui tarde à réellement se développer.
Avec ses 12 voies, Punta Chjapponu mérite déjà largement une viste. Equipée sur les deux coté d’un couloir, il y a toujours une paroi à l’ombre. C’est aussi d’ici que part Linea d’Ombra, une grande voie classique de Bavella.

La Baraka (6b – 9a)
Principal équipeur:
Adrien Boulon
A peine 9 voies mais c’est ici que se trouve La Baraka, une fissure trad exceptionnelle. 8a tout de même.

Le 3G (6c – 8b)
Principal équipeur:
Adrien Boulon
Le 3G est peut-être le plus beau site d’escalade ‘’difficile’’ de Bavella.Il est constitué de 2 secteurs :
Le 3G proprement dit aux lignes souvent longues et spectaculaires sur des profils et dans des styles très variés. Il faut savoir dompter les formes fuyantes de tafoni érodés et un toit parfait, bien rare en terrain granitique.
Le 3G+ est plus restreint mais les voies sont de superbes envolées verticales. Les deux 6b sont exceptionnels!

Adrien boulon sur les alvéoles du 3G.
Adrien Boulon, falaise de Mescaline. Photo Thomas Vialletet

Mescaline (7b – 8b)
Principal équipeur:
Nicolas Nastorg
La baume de Mescaline ne comprend que 9 voies mais 6 sont dans le 7c et au-delà. L’escalade, en important dévers voire en toit, profite d’un excellent caillou. Elle est très variée et toujours athlétique, parfois agrémentée de quelques pas de bloc bien retords. Atout importantissime, la grotte est à l’ombre toute la journée et donc grimpable tout l’été !
Et comme c’est une grotte, ou presque, c’est aussi grimpable sous la pluie.

A Cupulatta (6c-8c)
Principal équipeur:
Adrien Boulon
A peine 14 voies mais de très grande classe sur des volumes que seul le granite peut proposer.
Le dévers irrégulier impose une escalade athlétique plutôt rési sur à-plats, parsemée de quelques pas de blocs.
En été la falaise est à l’ombre jusqu’à 14h

Le Barring (7a – 8b+)
Principal équipeur:
Adrien Boulon
Le Barring est la première falaise granitique de Corse avec une telle densité de voies de haut niveau. Les voies sont (très) longues avec des sections rési sur rondeurs fuyantes et mêmes les plus faciles sont magnifiques.

Le Vallon des Sœurs (6b-8c)
Principal équipeur:
Adrien Boulon
Dans les voies dures, l’escalade est en gros dévers, physiques bien sûr, à tendance rési et bloc.
Attention, il y a très peu de voie dans la fourchette 6c-7b mais ça tombe bien, la falaise semble avoir encore un fort potentiel de voies dans ce niveau de difficulté. Mais ce n’est pour l’instant qu’un potentiel !

Punta Bigornu (6a-7b trad).
Principal développeur: Jeff Andreucci
Le canyon de Punta Bigornu est le plus important site de trad ‘’sportif’’ de l’île.
Une trentaine de voies permettent de jouer du coinceur sur un granit très sombre et compact qui se prête étonnamment bien aux protections naturelles à condition d’être créatif. Quelques spits ont été posés lorsque nécessaires et tous les relais sont équipés.
En plus de l’altitude (env. 1400m), ce canyon parfait présente toujours une face à l’ombre. Punta Bigornu est la falaise d’été parfaite.

Jeff Andreucci - Escalade trad à la Punta Bigornu

ILS ONT DIT DE BAVELLA

Avant que vous aussi ne tombiez sous le charme de Bavella, voici un florilège non exhaustif de quelques amoureux du massif.

Ouvrez les yeux ; regardez bien ; voyez les jeux de lumière sur les arêtes, les ombres bleues des ravins ; écoutez les torrents ; goutez l’eau des sources ; sentez les cistes et le maquis ; aimez l’endroit et l’instant ; prenez votre temps ; admirez…
Bavedda a pris mon cœur depuis plus de 40 ans.
Jean-Louis Fenouil

 

Ouvrez les yeux ; regardez bien ; voyez les jeux de lumière sur les arêtes, les ombres bleues des ravins ; écoutez les torrents ; goutez l’eau des sources ; sentez les cistes et le maquis ; aimez l’endroit et l’instant ; prenez votre temps ; admirez…
Bavedda a pris mon cœur depuis plus de 40 ans.

Jean-Louis Fenouil

Si aujourd’hui il faut être innocent ou inculte pour ne pas classer la Corse – et Bavella en premier lieu – dans les destinations majeures de la planète grimpe, il n’en était rien au début des années 70. (…)

Un ami avait enflammé mon imagination en me révélant l’existence d’un vallon sauvage, rempli de parois d’une ampleur inconnue dans l’île, et surtout vierges. C’est ainsi que nous découvrîmes le Pulischellu. «D’une beauté et d’une sauvagerie poignante – on se plaît à imaginer le Monde perdu de Conan Doyle – U Pulischellu est un univers à part où chaque escalade est une aventure», avais-je écrit dans le guide de Bavella. A partir de l’été 75 marqué par la découverte du vallon et la première de l’arête de l’Ecureuil à Punta Pulischellu, U Pulischellu devint mon jardin secret. Comme sous l’influence d’un philtre magique, il m’attirait inexorablement. Je lui ai rendu une douzaine de visites d’amoureux, visites réparties sur une quinzaine d’années, souvent ponctuées par des premières toutes aussi sauvages les unes que les autres.
Je n’ai jamais éprouvé le besoin de renouer avec la Lunarda, mais je n’ai jamais réussi à me guérir de l’envoûtement de Bavella.
Barney (Bernard Vaucher)

Bavella a toujours été mon jardin secret. Je ne pense pas qu’il existe tant d’endroits au monde aussi attirant pour un passionné de granite comme moi.
Maurizio Oviglia

 Bavella c’est une histoire d’amour qui accompagne ma vie de grimpeur depuis 35 ans. J’avais 15 ans lorsque j’ai été saisi par la beauté et la sauvagerie des grandes dalles des Teghie Lisce. (…)

Ces grands murs de granit clair que seul le bleu intense du ciel arrêtait, ces grands pins arrimés sur les vires face à la mer, tout était incroyable pour le jeune savoyard que j’étais ! En comparaison des petites voies que j’avais ouvertes autour d’Albertville, le granit de Bavella m’apparaissait comme un Yosemite ! (…)

C’est un lieu spécial ou l’on ne consomme pas de l’escalade juste pour faire du sport, comme on le ferait dans d’autres lieux.

Les approches magnifiques demandent toujours un peu de flair et la météo changeante nous offre un jour ou l’autre de vivre une aventure. La pureté du granit et ses formes fantasmagoriques nous ravissent au plus profond de nous-mêmes. Nulle part ailleurs, me semble-t-il, cette expérience tellurique du petit homme aux prises avec la matière minérale n’est aussi forte.
Arnaud Petit

G.P. Quilici au sommet de la Punta Biciàrtula. Photo U. Lefebvre

Mais regardez, regardez devant : les Aiguilles de Bavella ! Regardez ces roches rouges qui s’élèvent vers le ciel. Elles sont plutôt roses ce matin d’ailleurs, roses et majestueuses et fières. Ces pics déchiquetés, ces murailles rocheuses, ce sont les tours de mon château. Elles sont belles, non ? J’adore écouter ce silence dans le silence, quand je les traverse, quand je les escalade. Vertigineux pics de granit, paysage violent, parfois effrayant, d’une brutalité sublime…

Ce contact physique, minéral, sur une pierre propre, ce dépassement de soi, me procure à chaque fois beaucoup de plaisir. Plaisir dans l’effort, plaisir d’avoir surmonté une difficulté ou échappé à un danger. Emotion à chaque pas, je sens que je vais conquérir et à la fois je sens que ces aiguilles m’acceptent. Je ressens un moment de fierté et de recueillement en harmonie avec la nature. C’est comme si elles et moi s’apprivoisaient mutuellement. J’ai envie de les remercier ces dames en rose de me permettre de faire quelque chose qui n’est pas donné à tout le monde…

Ghjuvan Paulu Quilici